Douala, mardi 07 juillet, 11h30. Une légère pluie vient rafraîchir le marché de NDOG-PASSI. Le ciel hésite entre averses et éclaircies, mais l’activité ne ralentit pas. Dans cet arrondissement de DOUALA 3e, les commerçants s’interpellent, les clients circulent et, à quelques mètres des poissonneries, une autre scène attire l’attention : celle des jeunes écailleurs de poisson.
Tout commence près d’une poissonnerie. Les apprentis sillonnent les allées à la recherche de clients qui souhaitent faire préparer leur poisson. Ce jour-là, ULRICH, un jeune apprenti, repère une cliente portant un carton rempli de Rohu. Il l’aborde et lui propose les services de son maître.
Quelques minutes plus tard, la cliente suit l’apprenti vers le lieu de nettoyage situé à quelques mètres. Le décor est typique des petits métiers urbains : un sol parfois boueux, mais un espace de travail soigneusement aménagé. Une rigole surélevée avec deux rangées de parpaings facilite l’évacuation des eaux. Cinq parasols servent de bureaux à ciel ouvert. Sous chacun d’eux, deux ou trois travailleurs s’activent autour de morceaux de bois transformés en tables de travail.

La cliente est dirigée vers le premier poste, celui D’EMMA. À 33 ans, ce jeune homme exerce ce métier depuis plus de 15 ans. Pour lui, ces quelques mètres carrés sous un parasol représentent bien plus qu’un simple espace de travail : c’est son gagne-pain.
Pendant qu’il discute du prix avec la cliente, Emma continue d’attirer d’autres potentiels clients. Aux hésitants, il lance avec humour : « Madame, venez ici, là-bas c’est le marécage. » Aux jeunes filles, il ajoute parfois : « Chérie, viens chez le gars choco, je vais te faire un bon prix. »
Après quelques négociations, le marché est conclu : 25 poissons de Rohu à nettoyer pour 2 000 FCFA.
Le chronomètre semble lancé. Avec une rapidité impressionnante, Emma attaque le carton. D’abord, il retire les écailles. Ensuite, il ouvre le ventre et la tête du poisson pour enlever les déchets. À l’aide d’une brosse à dents, il nettoie minutieusement certaines parties difficiles d’accès avant de procéder à la découpe.
Les déchets récupérés ne sont pas perdus. Ils sont revendus et constituent une petite source de revenus supplémentaire. Certains peuvent être vendus entre 100 et 200 FCFA, tandis que les branchies rapportent environ 50 FCFA la mesure.

Après la découpe, Emma compte les morceaux avec la cliente afin de s’assurer que tout est conforme. Le poisson est ensuite emballé dans un plastique et remis à sa propriétaire.
Cette scène, Emma la répète chaque jour. Il commence son activité à 6h du matin et ne range ses outils qu’à 20h. Selon les journées, ce qu’il gagne après ses dépenses peut varier entre 5000 FCFA et 10000 FCFA.
Mais derrière ces revenus se cache une réalité difficile. « Les mains sont toujours dans l’eau glacée », explique-t-il. Le soleil brûlant, la pluie et la fatigue accompagnent son quotidien. Pourtant, Emma continue d’avancer.
Il ne pense pas seulement au présent. Son ambition dépasse son petit espace sous parasol. Son rêve : créer une usine moderne de nettoyage et de transformation de poisson, capable de créer des emplois et de donner une autre dimension à ce métier.
En attendant, il transmet son savoir-faire aux plus jeunes. À ses côtés, Ulrich apprend depuis un mois. Comme beaucoup de jeunes, il voit ce métier comme une étape en attendant de trouver un emploi plus stable.

À Ndog-passi, derrière chaque poisson nettoyé se cache une histoire de courage. Sous un simple parasol, avec un couteau à la main et un rêve dans le cœur, Emma et ses collègues prouvent chaque jour qu’un petit métier peut porter de grandes

