Il faut du courage pour tenir quelques minutes sur ce site. Dès l’entrée, l’odeur prend à la gorge. Les déchets s’étendent à perte de vue tandis que les camions déversent sans relâche leur cargaison. Pourtant, au milieu de ce décor que beaucoup fuiraient, des dizaines de personnes travaillent quotidiennement.
Parmi elles, Amos Kamdem. À seulement 14 ans, cet élève de troisième passe une partie de ses vacances à récupérer des bouteilles plastiques. Une activité qu’il pratique depuis cinq ans.
« Le premier jour, je n’ai pas pu rester cinq minutes à cause de l’odeur », confie-t-il. Aujourd’hui, le jeune garçon affirme s’y être habitué au point de ne presque plus la remarquer.

Comme les autres récupérateurs, il parcourt les tas d’ordures à la recherche de bouteilles qu’il entasse dans de grands sacs confectionnés à partir de moustiquaires. Ses équipements se résument à de vieilles bottes et à des gants usés. Certains portent également un casque.
Sur le site, les conditions de travail sont particulièrement difficiles. L’accès à certaines zones exige de véritables exercices d’équilibriste. Mais l’épreuve la plus redoutée reste souvent le retour. Les sacs remplis doivent être portés sur la tête avant d’être stockés hors de la décharge en attendant un tricycle chargé de les transporter vers les points de vente.
Originaire du Niger, Haminou exerce cette activité avec ses frères. À l’heure du repas, la réalité de leur quotidien apparaît dans toute sa rudesse. Assis à proximité des déchets, ils partagent deux boîtes de sardines et quelques mandarines. Faute de meilleures conditions, ils essuient simplement leurs mains sur une serviette avant de manger puis reprennent le travail.
Au bout de la chaîne se trouve Joseph Eyenga. Depuis quinze ans, il vit de cette activité. Il a vu défiler des générations de récupérateurs sur cette décharge devenue, pour beaucoup, une source de revenus indispensable.

Selon les travailleurs rencontrés sur place, les bouteilles plastiques sont revendues à environ 30 FCFA le kilogramme. Une journée de travail permet généralement de gagner au minimum 2 000 FCFA. Une somme modeste au regard des efforts physiques déployés et des risques sanitaires encourus.
Pourtant, derrière ces silhouettes souvent invisibles, se cache une réalité rarement évoquée. En récupérant des tonnes de bouteilles destinées au recyclage, ces travailleurs participent à leur manière à la protection de l’environnement tout en luttant pour leur survie économique.
À la décharge d’Hysacam, les déchets ont une valeur. Mais ceux qui les transforment en ressources continuent, eux, de payer le prix fort.

