À l’annonce de la nouvelle, beaucoup ont cru à une mauvaise plaisanterie, un de ces messages trompeurs qui circulent parfois à la veille du mois d’avril. Mais très vite, les confirmations se sont enchaînées. Et avec elles, une réalité difficile à accepter : Ngaoundal venait de perdre, en quelques heures seulement, deux de ses enfants des suites de maladie.
Le lieutenant Papou Zoly Frédéric, fils du feu caporal chef Zoly Gabriel, et le lieutenant Mainipa Maihobe Djenabou, fille du feu adjudant-chef Djakissam, ne sont plus. Deux destins, deux parcours, un même jour… et une même douleur.
Ce qui frappe, au-delà de la brutalité de la perte, c’est ce lien profond qui unissait les deux disparus à cette ville. Tous deux ont grandi à Ngaoundal. Tous deux ont arpenté les salles de classe de son lycée. Tous deux sont issus de familles militaires ayant servi dans cette localité. Comme si leur histoire avait été écrite dans un même livre, celui d’une ville qui forme, élève et voit partir ses enfants au service de la nation.
Originaires de la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, ils portaient aussi chacun une identité culturelle forte : Papou Zoly Frédéric, moundang, et Mainipa Maihobe Djenabou, toupouri. Mais à Ngaoundal, ils étaient avant tout des enfants du terroir, connus, respectés et porteurs d’espoir.
Un espoir aujourd’hui brisé, comme l’exprime avec gravité le maître principal major Ousmanou Hamadama, patriarche de Ngaoundal :
« Face à cette double disparition, j’éprouve un sentiment de déception car ce sont des jeunes sur qui je nourrissais beaucoup d’espoir. Ce sont de braves soldats, surtout serviables, pleins d’avenir. Si tel était le destin, je m’incline pour saluer leur mémoire. »
Dans ses mots, il y a plus que de la tristesse. Il y a la douleur d’une génération qui voit partir trop tôt ceux qui devaient continuer l’œuvre.
Évoquant le lieutenant Papou Zoly Frédéric, sa voix devient encore plus personnelle :
« Je garde de Papou le souvenir d’un chef militaire courtois, toujours prêt à rendre service dans la mesure du possible. »
Un hommage simple, mais profond. Le souvenir d’un homme disponible, respectueux, humain. Un chef, oui, mais surtout un frère, un fils, un repère pour beaucoup.
Face à cette épreuve, les pensées se tournent naturellement vers les familles. Et là encore, la parole du patriarche vient porter la compassion de toute une communauté :
« J’adresse aux frères et sœurs des illustres camarades disparus toutes mes sincères condoléances émues. »
ENCADRÉ TÉMOIGNAGE
Lieutenant Djonyang Carin, ami des deux disparus
Le lieutenant Djonyang Carin, fils de l’adjudant-chef Dankreo et proche des deux officiers disparus, garde un souvenir profondément humain de ses camarades.
Il décrit le lieutenant Papou Zoly Frédéric, surnommé affectueusement « Fédè », comme un homme sociable, simple et bienveillant, toujours prêt à créer du lien et à rapprocher les anciens amis d’enfance dispersés.
Concernant le lieutenant Mainipa Maihobe Djenabou, il évoque une grande sœur calme, attentionnée et protectrice, marquée par un sens profond de l’écoute et du sacrifice, même dans les moments difficiles de sa vie.
HOMMAGES NUMÉRIQUES
Mais le deuil de Ngaoundal ne s’est pas limité aux larmes silencieuses ou aux rassemblements physiques. Très vite, il a trouvé un écho dans le monde numérique. Des fils et filles de la ville, parfois éloignés, ont exprimé leur douleur autrement : à travers des montages photos, des vidéos, des messages poignants.
Sur les réseaux sociaux, les visages des deux lieutenants se sont multipliés, accompagnés de mots d’hommage, de prières, de souvenirs. Comme si chacun refusait de les laisser partir complètement. Comme si, à défaut de pouvoir les retenir, il fallait au moins préserver leur image, leur histoire, leur lumière.
Dans cette mobilisation spontanée, il y a quelque chose de fort : une communauté debout, unie dans la douleur, mais aussi dans la mémoire. Car au fond, la ville de Ngaoundal ne pleure pas seulement deux officiers. Elle pleure deux enfants, deux trajectoires, deux avenirs.
Et dans le silence qui suit le fracas de ce double coup de canon, une certitude demeure : leur passage sur cette terre ne s’effacera pas.
Il vivra dans les souvenirs, dans les témoignages, dans les cœurs…et désormais, aussi, dans cette mémoire numérique qui refuse l’oubli.

